Emil Cioran (1911-1995) était dans la vie, dit-on, un homme plutôt gai et d’agréable compagnie, ce qui, en apparence, n’est pas un mince paradoxe pour l’auteur qui publia Sur les cimes du desespoir, De l’inconvénient d’être né et Syllogismes de l’amertume.
Pourtant ce moraliste et philosophe roumain mystique et hors de toutes normes, dont la lecture devrait logiquement conduire tout droit au suicide et qui porta la noirceur et le pessimisme à leur paroxysme le plus désespérant, avoua un jour ne se considérer que comme un plaisantin et n’était dépourvu ni d’humour ni d’autodérision.
Voici quelques uns de ses aphorismes les plus savoureux, glanés, certes, en cherchant bien et que l’on n’est toutefois pas tenu, pour certains, de prendre au premier degré :
Depuis 2000 ans, Jésus se venge sur nous de n’être pas mort sur un canapé.
(Syllogismes de l’amertume)
Ma vision de l’avenir est si précise que, si j’avais des enfants, je les étranglerais sur l’heure.
(De l’inconvénient d’être né)
Un lieu que j’ai parcouru, je ne m‘en souviens que si j’ai eu la veine d’y connaître quelque anéantissement par le cafard.
(De l’inconvénient d’être né)
Ce corps, fidèle autrefois, me désavoue, ne me suit plus, a cessé d’être mon complice. Rejeté, trahi, mis au rancart, que deviendrais-je si de vieilles infirmités, pour me marquer leur loyauté, ne venaient pas me tenir compagnie à toute heure du jour et de la nuit ?
(De l’inconvénient d’être né)
Premier devoir, au lever: rougir de soi.
(Le mauvais démiurge)
Ce matin, après avoir entendu un astronome parler de milliards de soleils, j’ai renoncé à faire ma toilette: à quoi bon se laver encore ?
(Aveux et anathèmes)
Dans la série « jonglage de mots », et vu le contexte actuel en France, connaissiez-vous cet exercice ?
http://bboeton.wordpress.com/2006/09/03/echauffement-politique/
ça laisse perplexe, non ?
Cordialement
L’Abrincate
J’aimeJ’aime
tu m’as donné envie de lire ce bonhomme. ça me trottait depuis quelques temps sans que je ne m’en soucie, et paf! voici le déclic. donc merci.
J’aimeJ’aime