Premier article de blog

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Comédie cherche troupe et metteur en scène

Amateurs de théâtre lisez cette pièce en 5 actes écrite par votre serviteur. Il s’agit d’une comédie en cinq actes et à six personnages, dans la veine de Georges Feydeau et de Sacha Guitry, riche en quiproquos et rebondissements. L’action se déroule de nos jours à Paris, mais pourrait très bien convenir à une autre époque, la période d’avant-guerre par exemple.
Le personnage principal, Clipodendron, dandy aisé, dilettante oisif et homme à femmes, est un maniaque qui prend plaisir à assister aux enterrements de personnes qu’il ne connaît pas et qu’il choisit au hasard, avec sa domestique, dans le carnet de son quotidien favori.
Mais à ce petit jeu, il peut arriver qu’on soit pris par la famille du défunt pour ce qu’on n’est pas et que cela vous mette dans des situations difficiles et des plus délicates. Cette œuvre n’est disponible pour le moment qu’en format numérique et sur Amazon.

Bonne lecture !

 

Ebooks

Chers amis amateurs de littérature,

Tout d’abord un grand merci à tous ceux si nombreux qui sont venus assister à mon spectacle. Vos encouragements me sont allés droit au coeur et votre présence m’a beaucoup touché.
Sachez que d’ores et déjà je prépare un nouveau one man show en partie renouvelé pour la saison prochaine. Je vous en tiendrai au courant en temps venu.

Je vous annonce, par ailleurs, que je viens de faire paraître deux livres numériques :

• MISS UNKNOWN est une longue nouvelle que j’ai écrite il y a une quinzaine d’année directement en anglo-américain. Il s’agit d’un thriller psychologique avec tension et suspense, mais sans le moindre humour. Alors si vous maîtrisez assez bien l’anglais écrit, je vous invite à la télécharger et la lire.
Cet Ebook n’est pour le moment disponible que sur les plates-formes Amazon.

• LE FRÉMISSEMENT, qui est déjà disponible sous forme de livre-papier et que vous avez peut-être déjà lu, est maintenant disponible en version numérique sur Amazon et la Fnac.com et devrait bientôt l’être aussi sur les principales plates-formes (Decitre, Priceminister etc.). Il s’agit d’un recueil de textes courts et de nouvelles humoristiques (humour parfois noir) et/ou poétiques.

Pour lire ces Ebooks, point besoin de posséder une liseuse. Il vous suffit de télécharger les applications correspondantes sur votre ordinateur, votre smartphone ou votre tablette numérique (Kindle pour un Ebook téléchargé sur Amazon, Kobo pour un Ebook téléchargé sur Fnac.com) et le tour est joué !

Je précise que ces livres numériques sont accessibles sur toutes les plates-formes internationales y compris en Inde et au Japon. Alors si vous habitez ces contrées lointaines et que vos comptes sont domiciliés dans ces pays, vous pourrez sans problème les télécharger.

Je n’ai à ce jour fait aucune publicité pour ces deux Ebooks (ou si peu) et pourtant je compte déjà plus de 300 lecteurs pour ma short story en anglais, essentiellement aux USA mais aussi au Royaume-Unis, au Canada, en Allemagne et en Italie.

Si vous appréciez ces livres, n’hésitez pas à les conseiller à vos proches, vos amis ou vos relations, ainsi qu’à vos amis anglophones quel que soit le pays où ils habitent et quelle que soit leur langue.

Ci-dessous, vous trouverez les liens menant à ces Ebooks dans l’ordre descendant sur Amazon France, USA, Royaume-Unis, Allemagne et, parce que c’est amusant à voir, Japon.

Sinon il vous suffit de taper Roger Max Dumont dans le moteur de recherche des sites.

Amitié à vous et bonne lecture !

Roger max Dumont alias Max

http://www.amazon.fr/s/ref=nb_sb_noss?__mk_fr_FR=ÅMÅZÕÑ&url=search-alias%3Ddigital-text&field-keywords=roger+max+dumont

http://www.amazon.com/Roger-Max-Dumont/e/B004SIMOW2

http://www.amazon.com/s/ref=nb_sb_noss?url=search-alias%3Ddigital-text&field-keywords=roger+max+dumont

http://www.amazon.co.uk/s/ref=nb_sb_noss/275-9859645-9574969?url=search-alias%3Ddigital-text&field-keywords=roger+max+dumont

http://www.amazon.de/s/ref=nb_sb_noss/277-5668734-5777069?__mk_de_DE=ÅMÅZÕÑ&url=search-alias%3Ddigital-text&field-keywords=roger+max+dumont

http://www.amazon.co.jp/s/ref=nb_sb_noss/378-4850379-3901507?__mk_ja_JP=カタカナ&url=search-alias%3Daps&field-keywords=roger+max+dumont

Le frémissement, nouvelles et histoires inhabituelles

C’est le titre du modeste ouvrage que je viens de publier — 98 pages seulement —, un recueil de nouvelles et de textes insolites et incongrus, poètiques parfois, pas toujours humoristiques non plus.

Plutôt que de m’étendre sur son contenu et ne pouvant être juge et partie, je préfère vous en présenter la 4ème page de couverture.

Le livre est référencé dans la base des données des principaux sites en lignes, y compris à la FNAC il sera donc possible à quiconque de le commander par internet.

Une autre possibilité, dès à présent, est de le commander directement chez l’éditeur, les Éditions de l’Adret, 21 avenue Pasteur – 69370- Saint-Didier-Au-Montd’Or (edadret@live.fr) en envoyant un chèque de 12 € libellé à l’ordre des éditions de l’Adret. Le livre vous sera adressé par retour du courrier sans frais de port.

Je réfléchis à une publication en ligne sur la toile.

Naturellement, si vous avez apprécié mes chroniques, je serais très heureux de partager avec vous le plaisir que j’ai eu à écrire ces quelques textes.

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Le groupe

LE GROUPE

Conférence  donnée un soir  pluvieux du mois de novembre pour l’Amicale des feux follets de Palavas-les-Flots (Hérault)

Monsieur le Préfet,

Monsieur le Maire,

Mesdames et Messieurs,

              

Mes chers  Amis,

 

L’homme est, comme chacun ne l’ignore pas, un animal plus ou moins raisonnable, doué d’une certaine intelligence et ayant comme caractéristiques essentielles, d’une part, la station verticale, ce qui lui permet de ne voir guère plus loin que son nez, et, d’autre part, la tendance naturelle et quasiment obligatoire de s’agglomérer en ensembles grégaires, bêtes et compacts appelés groupes.

Dès sa naissance, l’homme se trouve revendiqué par un groupe que l’on nomme famille. L’ensemble de plusieurs familles forme un milieu. Il y a plusieurs milieux dans une ville et l’ensemble de la population se groupe en pays formant nation. Les nations qui s’entendent bien, que ce soit par la culture, la confiture ou la force des choses, se retrouvent généralement dans un bloc qui fait face à un autre bloc formé lui-même d’une infinité de groupes ou sous-groupes. Bref! Groupes d’intérêts, groupes d’action, petits groupes, groupies, sous-groupes, groupes de travail, groupes sportifs, groupes enfin uscules, l’homme, force est pour nous de la constater, vit toujours en groupe.

Dans un premier temps, Mesdames et Messieurs, nous allons tenter de définir le groupe. Le groupe est un ensemble d’individus dont le nombre dépasse au moins deux, ayant un ou plusieurs pôles d’intérêt communs (pêche à la truite, haine des liliacées bulbeuses, passion des courses en montagne avec peaux de phoques sous les skis et cinquante kilos de matériel sur le dos…). A partir de là, se forme forcément une certaine hiérarchie avec un chef, des sous-chefs et des adjoints, une masse grouillante globalement toujours d’accord et les éternels derniers. On trouvera, en outre, au sein de cet agglomérat, quelques contestataires faisant preuve, à l’évidence, d’un mauvais esprit caractérisé, des ambitieux de la masse grouillante qui rêvent d’être chefs, des voleurs, des égoïstes, des petits saints, des fayots, des rapporte-paquet, des bossus, des fourbes, des timides, des Apollon, des chauves et aussi des femmes, si le groupe n’est pas réservé aux seuls hommes et lycée de Versailles. De toute façon, quels que soient les éléments qui le constituent, le groupe marche toujours d’un seul homme. A priori, on serait tenté de penser que tous ces braves gens s’unissent à cause de leurs points communs ou de leurs mêmes passions. En réalité, il n’en est rien. L’unique raison qui poussent les individus à se grouper est le goût d’être en groupe. On trouve bien vite un prétexte (adoration pour George Sand, professions communes…) et hop! le groupe est formé.

Le groupe a-t-il la possibilité de croître? La réponse, Mesdames et Messieurs, dépend évidemment des lois qui régissent l’association en question, certains groupes demeurant désespérément fermés à l’entrée de nouveaux membres en son sein. Cependant, la plupart du temps, le groupe accepte de nouveaux éléments dans la mesure où ceux-ci ne vont pas bouleverser la vie paisible du groupe et a fortiori s’ils sont susceptibles d’être rentables et bénéfiques à l’ensemble. Le nouveau membre sera tout d’abord observé de très près et regardé d’un fort mauvais oeil, puis, peu à peu, intégré au groupe, plus ou moins rapidement selon son coefficient de malléabilité (on admet selon la règle de Grex Gregis qu’un individu ayant un coefficient de malléabilité inférieur à 1,687 est un homme seul). Inversement, le groupe peut sans difficulté rejeter ou lâcher l’un des siens, que ce soit par la volonté de tous ou le désir d’un seul qui, noyautant aisément la masse grouillante par une propagande savamment orchestrée, ralliera celle-ci à son opinion.

Il existe, bien sûr, d’autres manières pour le groupe de s’agrandir ou de diminuer son importance: ce sont la fusion ou la scission. La fusion entre groupes est très facile. Il en résulte simplement un groupe un peu plus volumineux que les précédents avec souvent de nouvelles lois et de nouveaux rites que les masses grouillantes respectives acceptent avec la plus grande mollesse, dès lors que leurs chefs se sont bien mis d’accord. La fusion confère, bien entendu, à la nouvelle association une plus grande puissance et à chaque individu un rôle plus infime, alors que ce dernier, paradoxalement, a la certitude d’en représenter un élément plus important.

La scission représente une pratique de groupe fort pratiquée également. Elle peut être le fait de querelles internes dont le point de départ ne pourrait être que l’instinct ou d’ambitions de sous-chef emmenant avec lui une partie du troupeau ou encore de phénomènes géophysiques (groupe de touristes allemands séparé par une grande faille lors d’un tremblement de terre au Guatemala dans les années soixante-dix). Quoi qu’il en soit, ces phénomènes de scission donnent naissance à des petits groupes, moins puissants mais plus nombreux, la somme des individus représentant toujours le même nombre.

Les groupes se caractérisent tous, sans exception, par des lois et des rites qui se transforment bien vite en sales habitudes. Nous étudierons d’abord, si vous le voulez bien, Mesdames et Messieurs, les lois. Celles-ci sont généralement simples, dépourvues de toute complexité et faciles à respecter. Nous les énumérerons sans les grouper

– Obéissance tacite et passive aux mouvements de la masse.

– Reconnaissance arbitraire de l’autorité du chef afin que le vie de groupe soit possible.

– Solidarité aveugle, du moins en théorie, avec les autres membres du groupe et acceptation du prochain, dès lors qu’il appartient au même groupe.

– Imitation permanente du collègue de groupe, lequel doit, en retour, vous imiter fidèlement.

– Renoncement à toute créativité personnelle au profit d’une “création de groupe”, si médiocre soit-elle. Il est toutefois autorisé de faire preuve d’une peu d’originalité personnelle, mais pas trop, pour bien se faire voir du groupe, notamment d’un peu d’humour, afin de distraire la galerie. A noter que, si l’on est bien considéré en faisant rire le groupe, on est alors rapidement classé comme le “bouffon de service” et condamné à faire le pitre quoi qu’il advienne et quelle que soit sa mélancolie personnelle.

– Obligation de prendre l’esprit grégaire pour mieux se confondre dans la masse et autorisation de commettre en groupe ce que l’on n’oserait jamais faire tout seul: moqueries de mauvais goût, chansons grossières, hurlements dans la rue en plein milieu de la nuit, marche au pas de l’oie, coups, blessures, assassinats, tortures, guerres pas pour rire etc…

– Participation active à tout mouvement d’idolâtrie ou d’hystérie collective avec passage à l’acte, cela va de soi.

– Acceptation sans condition de l’opinion traditionnelle admise par le groupe, même si un semblant de discussion a été nécessaire pour laisser croire qu’on a de la personnalité.

Naturellement, les membres du groupe ne sont aucunement obligés de vivre en permanence en groupe. Toutefois, il est indispensable que tous leurs actes et toutes leurs pensées au cours de leur vie hors groupe  se fassent dans la seule perspective du groupe, qui reste le centre de leur pauvre vie, et surtout en ayant conscience de lui appartenir.

Il existe encore bien d’autres lois qu’il est inutile de citer ici, d’autant qu’elles sont pratiquement innées chez tout élément de groupe. Il en est de même des rites qui sont innombrables et dont le seul but est de donner une cohésion au groupe, une impression de solidité et, en même temps, un sens profond à son existence. Citons tout de même les réunions périodiques, les activités de loisirs, les prises de position sur tel ou tel sujet de l’actualité avec pétitions à l’appui, l’évocation  des souvenirs communs maintes et maintes fois remise sur le tapis, les funérailles de l’un des membres défunts avec fausse émotion, fausse tristesse mais vraies larmes et banquet bien arrosé à la sortie du cimetière, etc…

Une question brûlante est de savoir quel est, au fond, le rôle du chef dans un groupe. Hélas, il faut bien en convenir, ce rôle est malheureusement assez lamentable. Nous avons tendance à penser que celui-ci, n’échappant pas aux inébranlables exigences du groupe, obéit bien inconsciemment et aveuglément aux mouvements de la masse, ce qui nous fait pleinement adhérer à cette phrase de Baudelaire: “ Les dictateurs sont les domestiques du peuple, rien de plus – un foutu rôle, d’ailleurs – et la gloire est le résultat de l’adaptation d’un esprit à la sottise nationale  “.

A présent, Mesdames et Messieurs, tâchons de découvrir ce que le groupe apporte à l’homme. Nous évoquerons tous ces bienfaits, au fur et à mesure, dans le désordre chronologique, et en nous gardant bien de les grouper. La sécurité physique et morale est, sans conteste, un avantage non négligeable de la vie en groupe. Un groupe est évidemment plus fort physiquement qu’un individu isolé, ce que le Maréchal de La Palice n’aurait certainement pas démenti, surtout si l’on prend soin de charger un sous-groupe d’une activité de défense voire même d’offense. De la même manière, la sécurité morale, sensation d’être dans un cocon, est grande au sein d’un groupe puisque la conscience de lui appartenir suffit souvent aux membres pour qu’ils se croient utiles, importants et même puissants. D’ailleurs les différents rites sont là pour maintenir les membres du groupe dans cette douce illusion!

Un immense bienfait du groupe est représenté par l’inutilité de toute initiative personnelle. Les décisions fondamentales (façon de s’habiller, loisirs, moeurs) et accessoires (croyances, religion, opinion politique) sont prises en fait par le groupe, l’individu n’ayant pas besoin de penser trop longuement. Prenons un exemple banal: les voyages dans les pays les plus reculés avec semblant d’aventures, comme monter sur le dos d’un chameau dans le désert, sont d’une simplicité enfantine dès lors qu’ils sont organisés en groupe. L’économie d’énergie intellectuelle (ce mot est sans doute un peu fort) est non négligeable. Bien entendu ceci suppose un minimum d’abnégation de la part de chaque membre, abnégation purement théorique puisque les individus d’un groupe sont par définition passifs et se reposent sur le chef et ses acolytes.

Mais l’avantage de loin le plus intéressant que peut procurer le groupe, Mesdames et Messieurs, Monsieur le Préfet, Monsieur le Maire, mes chers Amis, est, sans nul doute, le bonheur, bonheur imbécile certes, mais bonheur quand même. En effet il est fort rare que les éléments d’un groupe soient malheureux, nous sommes forcé d’en convenir. L’angoisse de groupe n’existe guère, pas plus que la solitude de groupe. Si pour une raison ou pour une autre, un adhérent du groupe venait à ressentir un soupçon d’angoisse, bien vite il se réfugierait dans les bras du groupe dont les activités futiles suffiraient à l’en délivrer.

Il existe encore d’autres privilèges que la vie en groupe peut procurer: avantages financiers grâce aux cotisations, aux cagnottes et aux prix de groupe, impression d’être aimé, possibilité de parler fort et fièrement au nom du groupe, avancement dans la hiérarchie, ce qui peut prendre toute une vie tout en lui donnant pleinement son sens, j’en passe et des meilleures.

En fait les différents éléments d’un groupe s’aiment-ils? Eh bien malgré les apparences, nous répondrons: non! Le groupe, en effet, n’est qu’une symbiose entre la masse et l’individu d’une part, entre chacun des individus d’autre part. La vie qui en découle ne représente que la somme algébrique du même nombre d’égoïsmes qu’il y a de membres passifs, chacun d’entre eux essayant de tirer la couverture à soi. Pour preuve, nous pouvons imaginer une expérience toute simple et bien innocente: un groupe se trouve dans une pièce close, une salle de cinéma par exemple. Lançons une bombe au milieu de la salle. Le feu rapidement se déclenche, la panique survient, chacun se sauve comme il peut, piétinant son collègue de groupe pour gagner au plus vite la sortie de secours, la haine ayant rapidement pris la place de l’amour solidaire! Nous pouvons également choisir un autre exemple beaucoup plus cruel, cette fois: dans les cocktails, les convives se tueraient – avec politesse bien sûr! – s’ils le pouvaient, pour approcher le buffet, tout cela pour quelques malheureux canapés au fromage! Ainsi le mépris, voire la haine de l’autre, prêts à surgir, règnent au sein du groupe sous une forme camouflée appelée amour et dont le moteur principal est la lâcheté.

Quel est l’avenir du groupe? la plupart du temps, les groupes sont voués à la croissance, période de puissance, puis c’est l’apogée qui précède la chute. Le déclin du groupe est presque toujours dû à des conflits qui ont opposé plusieurs sous-groupes au sein d’un même groupe. Car le problème est là: la guerre est au groupe ce que la mort est à l’individu, c’est-à-dire inéluctable. La guerre entre deux groupes formés, chacun, d’autant de sous-groupes innocents et non concernés, aboutit très souvent à l’apparition de supergroupes qui vont peu à peu s’organiser à la désorganisation des groupes déjà existants.

Et quel est l’avenir du solitaire dans tout cela? Eh bien, il n’y en a pas non plus! Les groupes étant majoritaires sur notre pauvre planète, le solitaire subit hélas les mouvements des groupes. Si une guerre se déclenche, il n’y échappera pas non plus. Quant à la mort, elle le guette et ne le ratera pas, soyez-en sûrs!

En conclusion de cet exposé didactique et exhaustif, Mesdames et Messieurs, nous conseillons vivement à nos adhérents de ne jamais se grouper et de refuser non moins catégoriquement de ne pas appartenir à un groupe. Nous sommes certains qu’ils accepteront ce conseil avec la plus grande mollesse et qu’ils nous en sauront gré!

Enfin nous rappelons à nos fidèles adhérents que la prochaine Assemblée Générale aura lieu de 37 Janvier à 29 h 63. Merci d’avance pour votre présence.

 

Je vous remercie pour votre attention et vive la France!

R.M.D.

 

 

Vous avez dit antonomase ?

Une antonomase est une figure de style ou plus précisément un trope qui consiste à employer un nom propre pour un nom commun (diesel, Tartuffe, poubelle, par exemple), un nom commun ou une périphrase pour un nom propre (l’Île de Beauté pour la Corse, le Sauveur pour Jésus-Christ, tonton pour François Mitterrand) ou encore un nom propre pour un autre nom propre (Napoléon pour Nicolas Sarkozy).

Politiquement parlant, une des antonomases actuellement la plus tendance (avec la dernière citée entre parenthèses) est certainement le Grenelle (de…) dont on nous rebat les oreilles à satiété dès qu’il s’agit de réunir autour d’une table, pour une question d’importance nationale, des personnes aux opinions particulièrement tranchées et diamétralement opposées.

Car à côté -ou plutôt après- le Grenelle historique, le vrai, l’original dûment estampillé, qui correspond aux accords négociés et conclus pendant les événements de mai 1968 au siège du ministère du Travail situé dans les murs de l’Hôtel du Châtelet, rue de Grenelle à Paris, on trouve, réalisés, mort-nés ou vaguement en projet, un certain nombre de Canada Dry (tiens, une autre antonomase !) tels que le Grenelle de l’environnement, le Grenelle de l’insertion, le Grenelle de l’audiovisuel, le Grenelle de la santé sans oublier celui de la formation, rien que ça !

La première chose qui me dérange dans tous ces Grenelle de ceci ou de cela, c’est le genre. Oh non, pas le genre qu’un ministre se donne quand il décide de faire un nouveau Grenelle, croyant avoir inventé la poudre, ni le genre des différents participants, qu’ils soient en cols bleus, blancs ou roulés, encore moins le genre d’accord(s) que ces derniers devront douloureusement conclure dans un marathon (tiens, une autre antonomase !) des plus éprouvants. Non je veux parler du genre grammatical.

Pourquoi dit-on, en effet, LE Grenelle ? Puisqu’en 68 il s’agissait d’accords ou de négociations, n’eut-il pas été plus judicieux de dire LES Grenelle ? Sans doute ce pluriel manquait-il d’unité et faisait-il un peu désordre dans la « chienlit » soixante-huitarde, bref il sonnait mal aux oreilles pompidoliennes ou à celles de Jacques Chirac, lequel participa en personne à ces négociations multipartites, aussi fut-il décidé d’employer le singulier.

Mais alors pourquoi le masculin pour une négociation ou même à la rigueur la rue où se déroula la fameuse table ronde ? Il n’échappe à personne qu’on aurait dû dire LA Grenelle même si le mot sent quelque peu l’absinthe, la syphilis et la maison close. Car comment imaginer Dominique de Villepin proposer publiquement en 2001 de se faire la Grenelle de la formation, Martin Hirsch, avec son visage de séminariste, se réserver la Grenelle pour l’insertion et le premier ministre déclarer qu’il se ferait bien, pour la santé, une Grenelle en réunion dans un hôtel particulier parisien du 7ème arrondissement avec Roselyne Bachelot !

La deuxième chose qui me tracasse dans ces Grenelle en tout genre, c’est ce côté grand messe riche en symboles et fanfaronnades dont nous raffolons en France mais qui n’est pas forcément suivi de tous les effets escomptés : si les accords de mai 68, boudés par la base, ne furent jamais signés mais tacitement appliqués au moins pour le salaire minimum, le Grenelle de l’environnement, à entendre les écologistes, se serait passablement vidé de sa substance. Quant aux autres Grenelle, on en parle et on en cause mais, à ma connaissance, ils n’ont toujours pas vu le jour. De là à regretter qu’on n’ait pas organisé le Grenelle originel dans un bâtiment de la rue Eugène-Poubelle, il n’y a qu’un pas.

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Article publié dans les chroniques des abonnés du Monde.fr le 24 mars 2009

http://abonnes.lemonde.fr/opinions/chronique/2009/03/25/vous-avez-dit-antonomase_1172212_3232.html

Littérature au poids

seul.1237028632.jpgUn jour alors que je me trouvais à errer dans les rayons d’une petite librairie de quartier, j’ai assisté à une scène étonnante. Un client était venu proposer timidement au libraire de lui laisser en dépôt quelques exemplaires d’un livre qu’il avait édité à compte d’auteur et le commerçant fit une moue peu amène tout en prenant un autre livre qui se trouvait sur le présentoir (moins cher mais plus lourd) et soupesa les deux livres simultanément en disant :  «Votre livre est trop cher. Il ne fait pas le poids. Ça ne se vendra pas.» Et le libraire de rendre les exemplaires à l’autre à la fois déçu et navré de l’avoir dérangé. Pour la petite histoire, les deux livres qu’avait évalués le commerçant avaient à peu près le même format, une couverture analogue et une densité en caractères d’imprimerie approchante même si celui qui était en vente comportait ça et là des planches et des illustrations. Mais la comparaison s’arrête là car le livre du présentoir traitait, ce qui est tout à fait respectable, de fleurs et de plantes alors que celui de l’écrivain amateur était une compilation d’aphorismes personnels savoureux (je le sais pour lui avoir acheté ensuite un exemplaire devant le magasin quand nous en sortîmes ensemble), aphorismes auxquels bien entendu le libraire n’avait même pas daigné jeter un œil, s’étant contenté d’en faire une grossière évaluation au poids.

Depuis ce jour, fort du professionnalisme de ce libraire chevronné et soucieux d’acquérir de la littérature de qualité, j’ai pris l’habitude de peser tous les livres que j’achète non sans les avoir auparavant soupesés avec zèle dans les librairies avant de faire mon choix. Mais je ne me contente pas d’en évaluer le poids. J’examine aussi les mensurations du livre avec un double-décimètre, l’épaisseur du papier et de la couverture, le nombre de pages et de paragraphes, les interlignes, le nombre de signes par ligne et par page, la police d’imprimerie (certaines polices, pour un même texte, permettent de couvrir plus de pages), après quoi j’évalue à la louche, au cas où je décide de prendre l’ouvrage, si j’en aurai pour mon argent. Une fois acheté, le livre subit à la maison, grâce à une balance, une calculette et un crayon, une analyse quasiment scientifique, car il me faut être certain ne pas m’être fait rouler par le marchand.

Ainsi, probablement influencé par le tapage médiatique retentissant autour de la sortie du dernier Paul Auster, je me suis précipité chez mon libraire pour lui acheter -pour le coup sans même le soupeser- Seul dans le noir. Et je n’ai pas été déçu car ce livre est sans nul doute bien meilleur que le précédent du même écrivain, Dans le scriptorium, qui, avec 147 pages pour un poids de 152 grammes est hors de prix (18,50 € en 2007) comparé à Seul dans le noir dont le coût est de 19,50 € pour un poids de 175 gr. et 182 pages. Autant dire qu’avec le dernier ouvrage de l’auteur new yorkais, vous avez plus de 30 pages gratuites, ce qui, en période de crise, n’est pas négligeable.

A cet égard, je déconseille vivement la lecture des poètes. Prenez, par exemple, Plume d’Henri Michaux, œuvre légère de 200 gr. pour des pages peu remplies, des textes courts, de longs espaces en blanc entre les paragraphes et entre chaque texte, des lignes remplies seulement par un malheureux astérisque et certaines pages par quelques lignes (10 lignes pour le poème Rentrer dans l’édition 1963 de Gallimard qui, par-dessus le marché, n’est même pas paginée !), c’est du gachis ! Et je ne parle pas,malgré une couverture cartonnée consistante et donc relativement pesante, des Œuvres choisies de Victor Hugo avec des alexandrins qui n’arrivent même pas à remplir la largeur du papier. C’est du vol ! Je le redis, pour les poèmes, la quantité d’encre vendue n’est vraiment pas à la hauteur d’œuvres dignes de ce nom.

En terme de remplissage, les nouvelles ne constituent pas forcément une bonne affaire non plus. Je prendrai pour exemple le Tome I des Nouvelles de Dino Buzzati, chaque nouvelle plutôt courte entraînant autant de pages blanches ou presque pour les séparer. En revanche, avec 715 pages pour un poids d’1 kg, cela nous fait une page à près d’1,40 gr. ce qui ferait peser la dernière œuvre de Paul Auster à plus de 254 gr. ! Je comprends mieux maintenant ma préférence pour l’auteur du Désert des Tartares dont le ton m’a toujours paru infiniment plus léger que celui du précédent, balance à l’appui.

Et justement pour la palme de la légèreté et du meilleur rapport poids-prix-nombre de pages, c’est vers la collection de La Pléiade que je me tourne. Je suis en train de lire l’édition reliée L’Iliade et l’Odyssée d’Homère et là, il n’y a pas photo : pour 42,75 € et 1140 pages très denses, le tout pour un poids seulement de 400 gr., vous pourriez vous offrir, tenez-vous bien, 351 pages de Dans le scriptorium et 420 pages de Seul dans le noir. Finalement, j’arrive à me demander si j’ai fait une très bonne affaire en achetant la dernière œuvre de Paul Auster.

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Article paru le 26 janvier 2009 dans les chroniques des abonnés sur le site du journal Le Monde

http://abonnes.lemonde.fr/opinions/chronique/2009/01/26/litterature-au-poids_1146363_3232.html