Ne cherchez pas de l’humour dans les écrits de Salvador Dali, vous y trouverez sa géniale fantaisie ! J’ai sous la main un livre de citations de l’admirateur inconditionnel de la gare de Perpignan, Dali, Pensées et anecdotes, j’ai beau chercher, je ne trouve pas de phrases percutantes, spirituelles et franchement humoristiques, en tout cas pas à la hauteur de la fantaisie dalinienne et pourtant elles sont souvent savoureuses. Il y manque sans doute le détachement, la profondeur et surtout la modestie, toutes inclinations dont Dali était, en apparence peut-être seulement, intrinsèquement dépourvu et qui étaient des dispositions bien trop raisonnables pour lui. Finalement il est presque plus facile de trouver des aphorismes drôles chez le sinistre Cioran (voir note du 25 février) qui, lui, affichait moins de fantaisie dans ses textes austères, c’est un comble ! L’excentricité, la mégalomanie et le culte permanent de sa propre personne étant omniprésents, le Maître de Port-Lligat devient rapidement lassant quand il utilise des mots plutôt que ses pinceaux même s’il choisit le deuxième degré de l’humour pour exprimer son narcissisme démesuré et nous faire croire qu’il ne se prend pas au sérieux (ce qui est peut-être vrai). Mais le résultat est là : le grand Dali, quand il écrit, n’est pas aussi drôle que je l’attendais. Rien à voir avec le Dali qui arrive à la Sorbonne pour une conférence dans une Rolls Royce pleine de choux-fleurs et qui ne nous lasse jamais, nous surprend souvent et nous transporte toujours quand il peint, dessine et crée ses collages invraisemblables : les toiles de celui qui voulait faire de sa vie une œuvre d’art et qui se considérait comme un génie, sont lumineuses d’esthétique, d’extravagance, de fantasmes mous comme ses montres visqueuses et de fantaisie. À moins que ce ne soit de l’humour. Mais au fait, humour et fantaisie, quelle est la différence ?
Aphorismes
Lorsque la messe était dite en latin, les églises étaient bondées, la curiosité des fidèles étant sans cesse aiguisée pour déchiffrer un peu plus, le dimanche suivant, le charabia qui faisait l’essence de leurs prières.
À l’époque où David Copperfield fait disparaître la statue de la liberté et s’envole tout naturellement en l’air avec Claudia Schiffer, la pêche miraculeuse ou la multiplication des pains représentent, au mieux, un petit tour d’amateur.
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Aphorismes personnels in Aphorismes de Comptoir, Ed. de l’Adret, 1999
Rébus
Pour les épicuriens ou les masochistes, voici un rébus de mon invention pour faire agréablement travailler les méninges ou se torturer douloureusement l’esprit (*).
Il s’agit d’une phrase d’appréciation sur la façon de mettre en valeur ce que l’on couche.
(*) Barrez la mention inutile.
Solution dans un prochain post.
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L’humour noir d’Épictète ?
Né en Phrygie (Asie Mineure) vers l’an 50 de notre ère, Épictète fut d’abord esclave à Rome avant d’être affranchi et faire profession de philosophe. Boiteux et peu gâté par la nature, il vécut dans le plus grand dénuement sans femme et sans famille. Banni de Rome et d’Italie comme tous les philosophes par Domitien en 89, il se retira à Nicopolis, en Epire, où les jeunes Romains, séduits par son éloquence pleine de simplicité, accouraient en masse pour l’écouter. Comme Socrate, il n’écrivait pas et c’est son disciple Flavius Arrien qui rédigea des notes en écoutant son maître. Épictète était un Stoïcien mais sa philosophie, loin d’être théorique et spéculative, était avant tout une philosophie appliquée et il avait toujours à cœur d’en vérifier la valeur morale et l’efficacité au quotidien.
En bon futur adepte du stoïcisme, Épictète, esclave, ne se laissa-t-il pas casser la jambe par Epaphrodite, son maître brutal et cruel, qui utilisait à cet effet un instrument de torture ? Impassible devant la douleur, Épictète, une fois que sa jambe fut brisée, dit calmement à son maître : « Ne t’avais-je pas prévenu que tu allais la casser ? ».
Quant au plaisir de rire selon Épictète, mieux vaut ne pas en parler. Voici ce qu’il en dit dans le recueil que publia Flavius Arrien à partir des entretiens qu’il eut avec son maître, recueil intitulé Le Manuel d’Épictète :
Ne ris pas beaucoup, ni de beaucoup de choses, ni sans retenue. (XXXII, 4)
Evite aussi de chercher à faire rire. C’est une façon de glisser dans la vulgarité, et à la fois un suffisant moyen de relâcher le respect que tes voisins ont pour toi. (XXXII, 15)
Car, contrairement aux apparences, la phrase du jeune esclave stoïque à l’adresse de son maître Epaphrodite à propos de sa jambe cassée était tout sauf une répartie d’humour noir.
L’humour « anthume » d’Alphonse Allais
Alphonse Allais, qui naquit le 20 octobre 1854 à Honfleur, le même jour qu’Arthur Rimbaud, ne parla pas avant l’âge de trois ans et ses parents crurent qu’il était muet. Un comble pour ce roi des bons mots, des calembours, des aphorismes et cet humoriste hors du commun qui maniait la langue française avec simpicité et un talent époustouflant et qui n’écrivit pas moins de 1680 contes, des pièces en vers, des citations, des combles, des poèmes holorimes et des écrits humoristiques en tout genre qu’il finit pas réunir en trois volumes dans ses Œuvres anthumes, pour reprendre le néologisme de son invention. Le 27 octobre 1905, alors qu’il était atteint d’une phlébite et que son médecin lui avait ordonné le repos absolu et le régime sec, il se garda bien de respecter la consigne du docteur et se rendit au bistrot où il annonça à ses amis : « Demain, je serai mort », en ajoutant : « Vous trouvez ça drôle, mais moi je ne ris pas. Demain, je serai mort. » Le lendemain matin, Alphonse Allais fut foudroyé par une embolie pulmonaire. Il avait cinquante et un ans. Ce fut le dernier trait d’humour anthume de ce prince des mots d’esprit et non moins philosophe lucide dont l’humour pionnier demeure indémodable et pour lequel on aurait pu emprunter cette épitaphe trouvée sur une tombe anonyme : « Je vous l’avais bien dit que j’étais malade ! ».
Et comment ne pas évoquer un autre fameux trait d’humour anthume qu’aurait pu écrire Alphonse Allais. Un condamné à mort est conduit un lundi devant l’échafaud et s’exclame: « Voilà une semaine qui commence bien ! ». Cette anecdote irrésistible, inventée pour illustrer la nécessité de l’humour même et surtout quand la situation est dramatiquement désespérée, est d’un personnage illustre qui ne passe pourtant pas pour un rigolo : Sigmund Freud !
Veni vidi vici
En 47 av. JC, après qu’il eut vaincu Pharnace II, roi du Bosphore Cimmérien, Jules César écrivit au Sénat la phrase mémorable : Veni vidi vici (je suis venu j’ai vu j’ai vaincu). La phrase fut probablement écrite ainsi par le premier imperator, sans virgules entre les deux premiers verbes et les deux derniers ni point à la fin, puisque la ponctuation d’alors, qui comportait un équivalent de la virgule et le point final, était peu appliquée à l’époque des Romains. C’est précisément sur l’impact de cette phrase selon la manière de la ponctuer que portait le post du 6 avril 2005 du blog des correcteurs du Monde.fr animé avec humour par Martine Rousseau et Olivier Houdart, Langue Sauce Piquante (LSP), un blog dont j’ai été, pendant deux ans, l’un des visiteurs assidus avec des commentaires quasiment quotidiens. Voici justement la contribution que j’ai donnée à propos de ce post. Peut-être vous amusera-t-elle autant que cela m’a amusé de l’écrire ? Je la transcris directement depuis les archives de LSP par un simple copier-coller :
Je suis venu ; j’ai vu ; j’ai vaincu.
Impression d’une énumération laborieuse et monotone d’actions. Ces points et virgules donnent une impression de lourdeur et d’absence d’enthousiasme. César est péniblement venu (en se traînant ?). Il s’est résigné à voir ce qu’il y avait à voir (faute de voir autre chose de plus intéressant). Finalement il a fini par vaincre mais bien malgré lui et avec quelles difficultés !
Je suis venu… j’ai vu…j’ai vaincu.
Alors là, c’est plein de mystères. César est venu par surprise et sur la pointe des pieds, avec un tour dans sa poche (de sa toge) je vous dis pas! Il a vu des choses incroyables dont il ne vous dira rien, préférant vous laisser les imaginer. Nous sommes en haleine. Que nous cache-t-il avec ses points de suspension ? Et bien voyez le résultat imparable : il a vaincu.
Je suis venu ! j’ai vu ! j’ai vaincu !
Ha ! Ha ! elle est bien bonne ! César a eu le culot de venir. Oui il a osé et n’en revient pas de sa bonne idée. En plus vous vous rendez compte, il a vu des tas de choses, ça vous épate presque autant que lui, non ? Eh bien le résultat ne s’est pas fait attendre: il a vaincu. Et avec quelle facilité s’il vous-plaît ! Tout cela n’était vraiment qu’une partie de rigolade !
Je suis venu. J’ai vu. J’ai vaincu.
C’est sobre et sec comme une phrase de militaire. Il n’y a pas à discuter ni à sourciller, il n’y a pas de quoi fouetter un chat non plus. C’est comme ça. Pas besoin de fioritures pour exprimer la force de l’homme de pouvoir, peu soucieux de nuances et peu enclin à épater la galerie.
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Conseil de lecture : La ponctuation ou l’art d’accomoder les textes, Olivier Houdart et Sylvie Prioul – Édition du Seuil
Le rire d’Alcofribas Nasier
Ex-moine et médecin, cet illustre inconnu, non moins universellement célèbre, publia à Lyon en 1532 chez le fameux imprimeur Étienne Dolet un premier livre qui eut un très grand succès puis deux ans plus tard un deuxième ouvrage dont le héros n’est autre que le père du personnage principal du livre précédent. Ses deux héros sont des géants truculents, goinfres et débonnaires, qui n’ont rien de ces ogres cruels dévoreurs d’enfants, et leurs faits et gestes comme leur gloutonnerie sont au centre d’innombrables passages comiques où le burlesque rivalise avec la bouffonnerie, le grotesque et même la grivoiserie. L’auteur en question ne s’est jamais caché, du reste, de son intention avant tout de faire rire ses lecteurs. Ne l’écrit-il pas dans un Avis au lecteur du deuxième livre et ne fait-il pas l’apologie du rire quand, en bon médecin humaniste, il le prescrit comme une véritable médication et une hygiène mentale indispensable à la santé individuelle et collective par le plaisir qu’il procure, « cette vertu curative » du rire qu’il défend faisant, au passage, d’Alcofribas Nasier l’ennemi public numéro un des réformateurs rigoristes et austères de l’époque, Calvin en tête, qu’ils soient catholiques ou protestants ? Il faut dire que notre homme, en véritable électron libre, est allé jusqu’à mettre sur le même plan les bienfaits thérapeutiques des Chroniques de Gargantua et ceux de la Bible et de l’Évangile !
Mais voici ce qu’écrit notre moine défroqué dans son deuxième livre:
« Amis lecteurs, qui ce livre lisez,
Despouillez vous de toute affection;
Et, le lisant, ne vous scandalisez:
Il ne contient mal ne infection.
Vray est qu’icy peu de perfection
Vous apprendrez, si non en cas de rire;
Aultre argument ne peut mon cueur elire,
Voyant le dueil qui vous mine et consomme :
Mieulx est de ris que de larmes escripre,
Pour ce que rire est le propre de l’homme. »
Ce court texte n’est ni plus ni moins qu’un extrait de LA VIE TRES HORRIFICQUE DU GRAND GARGANTUA PERE DE PANTAGRUEL.
Jadis composée par M. Alcofribas Nasier, abstracteur de Quinte Essence.
Livre plein de Pantagruelisme.
Car François Rabelais, que tout le monde aura reconnu, et Alcofribas Nasier ne sont qu’un seul et même personnage, le célèbrissime auteur des Horribles et Espouvantables Faicts et Prouesses du très renommé Pantagruel, roy des Dipsodes, fils du grant Gargantua et de la Vie très horrificque du grant Gargantua, père de Pantagruel, ayant dû publier ses deux premières œuvres sous un pseudonyme -un anagramme de son nom et de son prénom- en raison de la censure qu’exerça à son encontre La Sorbonne, alors faculté de théologie, pour cause d’obscénité.
Humour des mots croisés (1) : solutions
Chose promise, chose due, voici les solutions des définitions de mots croisés du post du 8 mars. Mais d’abord, je vais faire amende honorable : une erreur s’est glissée à propos du nombre de lettres de la quatrième définition rapports sexuels : c’était neuf lettres et non cinq. Soit je ne sais pas compter, soit je me suis mélangé les pinceaux avec un copier-coller. J’espère que vous voudrez bien me pardonner. A part ça, avouez que les solutions étaient faciles à trouver !
1- Certaines font un tabac, d’autres sont fumeuses : IDÉES
2- Un plat dont on n’est généralement guère friand : CREVAISON
3- N’est plus à la portée du canon : ENLAIDI
4- Rapports sexuels : SEX-RATIOS
5- Finit souvent à la corbeille : OSIER
6- Est à l’ombre quand on n’en a pas : NADIR
7- Toujours moyenne quand elle est proche mais pas toujours proche quand elle est moyenne : ORIENTALE
8- Dérive des continents : ÉNURÉSIE
9- Ne tient pas debout quand il est cru : ŒUF
10- Se sert rarement sans carpe : DIEM
Rires en boîte
L’utilisation des rires enregistrés (laugh track) dans les séries télévisées est devenue monnaie courante en France et un peu partout dans le monde. Cette pratique on ne peut plus kitsch, qui existe déjà depuis plus de cinquante ans aux Etats-Unis dans les sitcoms, est employée pour donner l’illusion que les émissions ont été enregistrées en public et surtout pour signaler un gag et persuader les téléspectateurs que celui-ci est irrésistible. À croire que les producteurs de l’émission ne sont pas si sûrs que ça de leur propre humour à moins qu’ils ne prennent tout bêtement le téléspectateur pour un âne. À quand des sous-titres indiquant « RIEZ » ou « SOURIEZ » ou encore, pourquoi pas, aux moments les plus dramatiques, « SURTOUT NE RIEZ PLUS » !
Mais trêve de plaisanterie, pendant l’Antiquité, après tout, ne payait-on pas des femmes pour pleurer, se lamenter et vociférer de douleur pendant les funérailles ? Et si cette pratique, sait-on jamais, devait revenir à la mode, on imagine que ces pleureuses seraient avantageusement remplacées de nos jours, la technique aidant et compte tenu de la difficulté de trouver du personnel compétent ma brave dame, par des pleurs enregistrés diffusés tout autour du cercueil, histoire d’indiquer aux gens pas encore convaincus de pleurer que pendant des obsèques, ce n’est pas vraiment le lieu ni le moment de rigoler. Mais le comble du mauvais goût, pendant qu’on y est, serait de payer des figurants et des comédiens en costume de deuil pour grossir l’assistance participant à la cérémonie funèbre en prenant soin de leur donner, dans une distribution savamment élaborée, des rôles d’hypocrites, de personnes sincèrement tristes, de gens divers venus seulement pour se faire voir ou même encore de vieux cousins oubliés de la famille du défunt. Et, après le cimetière, tout se terminerait, comme il se doit, au cours d’un banquet bien arrosé, dans la liesse collective provoquée par des rires enregistrés et des pancartes indiquant avec précision les moments où l’on est tenu de s’esclaffer.
Vie conjugale (3)
Les célibataires font les meilleurs maris, les maris les meilleurs amants.![]()
Certaines femmes, pendant l’acte d’amour, ont le don de poser des questions qui invitent à l’impuissance.
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(Aphorismes personnels in Aphorismes de comptoir – Ed. de l’Adret, 1999)