Particules élémentaires

particules-elementaires.1182714699.jpgSur Canal Académie, la première radio académique francophone sur Internet, Jean Staune un homme éminent et polyvalent, diplômé en paléontologie, mathématique, informatique, gestion, sciences politiques et économiques et, par-dessus le marché, enseignant en philosophie des sciences nous parle avec passion et clarté des idées qu’il développe dans son livre L’existence a-t-elle un sens ? C’est passionnant.
Il cite notamment une phrase prononcée par Sir Arthur Stanley Eddington (1882-1944), l’un des plus grands scientifiques du début du XXe siècle et le plus grand spécialiste de la relativité après Einstein : « Depuis 1927, un homme intelligent peut de nouveau croire en l’existence de Dieu. ». Or que s’est-il passé en 1927 ? Jean Staune nous apprend que c’était l’année de la synthèse de la mécanique quantique tout en précisant que, si la mécanique quantique ne démontre rien à propos de l’existence de Dieu, elle a permis de découvrir deux choses extraordinaires. Primo qu’il y a un autre niveau de réalité c’est-à-dire qu’il y a quelque chose qui est au delà du temps, de l’espace, de l’énergie et de la matière, le spécialiste glissant au passage, pour donner un exemple, que les processus fondamentaux qui régissent les particules élémentaires ne sont ni dans l’espace ni dans le temps. Deuzio, qu’à partir du moment où la mécanique quantique montre qu’il y a une incertitude fondamentale et non pas un déterminisme dans les processus de la nature, l’idée qu’il y ait des interventions extérieures au système dans le système sans violer les lois du système n’est pas a priori absurde.
C’est une catastrophe ! Si l’existence et notre Univers ont un sens, l’humour en aura-t-il encore ?

Rire ethnique

rire-ethnique.1182374401.jpgIl est intéressant de constater que les ethnologues et les anthropologues, beaucoup plus préoccupés par l’organisation sociale, économique, idéologique ou politique d’un groupe ou d’une peuplade, se sont généralement peu intéressés au comique, au rire, aux plaisanteries et à l’humour des groupes ethniques qu’ils ont étudiés, alors que le rire semble représenter un mécanise de défense indispensable à l’équilibre psychique et mental d’une société à travers le jeu et la transgression.
Il est non moins intéressant d’apprendre que la sexualité est un objet risible universel, un invariant retrouvé quelles que soient les cultures, primitives ou non, au même titre que le pouvoir (ou tout ce qui symbolise l’autorité), l’excentricité ou la déviance par rapport aux normes sociales, le langage et celui qui est étranger au groupe des rieurs. C’est ainsi -et ce n’est pas un mince paradoxe-, alors que la sexualité n’est plus tabou et que le porno est présent un peu partout dans nos sociétés modernes, que les blagues cochonnes nous font toujours rire autant.

Gliese 581c

gliese-581c.1182108807.jpgAttendu que :
• dans notre horizon cosmologique, c’est-à-dire dans la sphère apparente au delà de laquelle il nous est impossible d’observer quoi que ce soit, il existerait 100 milliards de galaxies soit à peu près 10.000 milliards de milliards d’étoiles, autant d’autres mondes que l’homme pourrait étudier s’il en avait les moyens technologiques,
• qu’il y a, par conséquent, un nombre incalculable d’autres sphères trop lointaines remplies d’autant de milliards de milliards d’étoiles qui échapperont toujours à notre observation,
• qu’on vient de découvrir Gliese 581c, une exoplanète située dans la zone habitable d’une étoile de notre galaxie où il régnerait une température agréable de 20° et surtout où l’eau existerait à l’état liquide,
• que cette découverte extraordinaire nous donne la certitude statistique qu’il y a des milliards de planètes ressemblant plus ou moins à la Terre dans notre galaxie,
• que les chances de la présence d’une forme de vie extra-terrestre ne serait-ce que sous forme biochimique ou bactérienne ne sont pas nulles,
• qu’on ne peut exclure, dans ces conditions, qu’il y ait quelque part dans l’Univers, y compris au delà de notre galaxie visible et de notre horizon cosmologique, des êtres vivants doués de conscience et peut-être même civilisés,

je me demande, dans cette dernière hypothèse, si ces êtres vivants, au moins sur certaines planètes et pour certains d’entre eux, sont dotés du sens de l’humour comme c’est le cas sur Terre ou, pour le dire autrement, si l’humour est le propre du Terrien et seulement du Terrien. Cela m’amène tout naturellement à me poser une autre question : la Terre et le monde seraient-ils ce qu’ils sont si le Terrien n’avait jamais eu le sens de l’humour ?

Caca-Boudin

cac-boudin.1181843113.jpgÀ propos de l’expression enfantine Caca-Boudin dans laquelle il voit une « tranquille et surprenante » proximité de l’analité et de l’oralité, une représentation phallique (pénis noir ou blanc) ainsi que l’association de deux formes de sadisme, celui de la phase sadique anale et celui de la phase sadique orale cannibalique, le professeur Michel Soulé, psychanalyste et pédopsychiatre, a écrit dans l’un des chapitres de son livre La vie de l’enfant (Érès): « La locution Caca-Boudin recèle donc une valeur incantatoire qui permet de conjurer les angoisses que suscitent ces deux sadismes conjoints. ». Et il ajoute plus loin : « On peut dire que c’est un bon indicateur de santé mentale pour un enfant donné et pour une famille donnée lorsque ce genre de jeu de mots peut circuler. L’enfant montre qu’il peut désormais maîtriser ses peurs archaïques…Il montre qu’il est capable de faire des jeux de mots sur ses propres peurs et émois et qu’il n’est pas loin finalement de ce que Freud décrit dans l’humour. »
Ça vous en bouche un coin, non ?

L’humour de James Bond

roger-moore.1181589171.jpgPrenons un James Bond au hasard, Vivre et laisser mourir, par exemple, le premier film où Roger Moore joua le rôle de 007. Dans ce film tourné en 1973, outre des scènes classiquement « bondiennes » dans lesquelles le héros sort immanquablement vainqueur de bagarres l’opposant tout seul et sans armes à une dizaine de malabars pourtant armés jusqu’aux dents et se joue de tous les pièges dans des courses-poursuites époustouflantes, le tout en complet veston dans lequel se cachent mille et un gadgets électroniques sans que ceux-ci ne provoquent le moindre pli au tissu, la scène des crocodiles m’a semblé particulièrement humoristique. De quoi s’agit-il ? James Bond, amené dans une ferme par des malfrats qui veulent en finir avec lui, se retrouve sur une pierre plate d’environ deux mètres de diamètre entourée d’eau et émergeant à peine d’une vaste mare où fourmillent une multitude de crocodiles affamés et attirés par d’énormes quartiers de viande posés aux pieds de l’agent secret britannique ! La situation ne peut être plus désespérée et pourtant James Bond s’en tire sans problème et sans la moindre égratignure alors que certains crocodiles ont déjà grimpé sur la pierre et sont à quelques centimètres de ses jambes, tout simplement en regagnant la rive par une marche tranquille sur la tête des reptiles qui sont encore dans l’eau exactement comme s’il avait marché sur des cailloux en traversant un ruisseau pour ne pas se mouiller les pieds ! Voilà le genre de scène, par le soulagement du spectateur et le contraste entre l’invraisemblance de la solution trouvée par James Bond et la tension dramatique croissante de l’action, qui provoque le rire à tous les coups. Et le plus drôle dans les films de James Bond, c’est que, plus ils sont invraisemblables, plus on y croit et plus la ficelle est grosse, plus on rit.

Gabs et gags

Les gabs étaient, à l’époque féodale, des plaisanteries de soldats et de chevaliers, des moqueries grossières, des vantardises extravagantes que se racontaient les guerriers dans les salles de festin, après les combats, pour mieux s’affirmer, pour dominer leurs peurs, se défouler et impressionner l’adversaire. Un espion grec présent dans l’entourage de Charlemagne n’avait-il pas cru avec effroi en toutes ces histoires abracadabrantes que se narraient l’empereur et ses chevaliers ? Ces gabs, tout en exagération et en fanfaronnades, qui étaient en un sens aussi des gags dignes des bandes dessinées les plus burlesques, ne donnaient pas dans la finesse et s’accompagnaient, on s’en doute, de rires de défiance et de supériorité bien gras et agressifs. C’était à qui avait réussi à fendre en deux d’un seul coup d’épée un ennemi et son cheval, à qui avait coupé à la vitesse de l’éclair les membres et la tête d’un adversaire, tous exploits qu’on retrouve à foison également dans les récits des chansons de geste.
Mais au fait, les gabs, sous une autre forme, ont-ils à notre époque complètement disparu des conversations masculines ?

Une guerre froide qui donne chaud

poutine.1180994970.jpgJ’ai lu hier que des chercheurs russes auraient trouvé une technologie simple pour lutter contre le réchauffement climatique. Or on peut lire en titre du Monde d’aujourd’hui que Vladimir agite le spectre de la guerre froide. J’ai donc pensé tout naturellement que ces chercheurs ne pouvaient être que Poutine et ses acolytes jusqu’à ce que je découvre dans l’article en question une phrase qui fait froid dans le dos prononcée par le maître du Kremlin disant que ses missiles transformeraient, le cas échéant, l’Europe en poudrière. On risque donc d’avoir chaud et même très chaud sur le vieux continent. Me voici guère rassuré. En tout cas le refroidissement climatique à la russe espéré, surtout avec la guerre froide, n’est pas pour demain.

Le nouveau camembert va arriver

hemicycle.1180721471.jpgDécidément, François Bayrou a fait des émules. Après les courageux transfuges parlementaires de l’UDF qui veulent créer un grand parti du Centre en lui piquant son idée, voilà que le Monde titre dans son édition datée d’aujourd’hui : Mme Royal se pose en leader de l’opposition et rêve de créer un « grand parti de masse ». On attend donc avec impatience les prochaines déclarations de Marie-George Buffet nous annonçant que le nouveau Parti Communiste est arrivé ainsi que celles de Jean-Marie le Pen, lequel a d’ailleurs déjà prévenu qu’il voulait réorganiser de fond en comble le Front National. Décidément c’est le grand nettoyage de printemps ! Je renvoie tout ce beau monde à mon post du 24 mai « Modem et MoDem » pour trouver de nouveaux sigles à leurs partis, s’ils sont en manque d’imagination. Mais là n’est pas la question.
Le problème c’est qu’à travers cette réorganisation politique se cache tout simplement un empiètement d’électorat ou, pour le dire autrement, un véritable détournement de clientèle qui va transformer l’Assemblée Nationale, si les créations de partis continuent comme ça, en un véritable millefeuille politique dont la formation relèvera directement de la tectonique des plaques.
Je m’explique : L’UMP empiète déjà sur les plates-bandes du Front National et essaie d’empiéter sur le centre-gauche bayrouiste et socialiste par l’embauche (c’est-à-dire le débauchage) de personnel politique venant de ces contrées-là. Le futur grand parti du Centre espère non seulement glisser sur les franges gauches de l’UMP mais encore et surtout sur l’ensemble du MoDem qu’il veut détrôner. Le grand « parti de masse » de Ségolène Royal (Tiens ! où est passé le mot « gauche » ?) aura pour ambition de prendre carrément la place du nouveau parti de François Bayrou ou de se trouver au même endroit que lui sur l’échiquier politique qui, comme chacun sait, ressemble à un demi-camembert bien fait.
On aura tous compris que tout cela risque d’être très compliqué et que jouer sur un échiquier ayant la forme d’un pareil fromage ne sera pas partie facile. C’est pourquoi il est urgent de trouver de bons architectes d’intérieurs pour reconstruire l’hémicycle de l’Assemblée nationale afin de faire cohabiter tant bien que mal tous nos élus, sachant qu’il faut absolument respecter, avec la précision d’une aiguille de manomètre, la place des députés par rapport au perchoir : plus ceux-ci sont à gauche, plus ils devront être placés à droite (et oui !) quand on regarde le perchoir et inversement plus ils sont à droite et plus ils devront s’asseoir à gauche quand on regarde ce même perchoir, ceux du centre, qu’ils regardent le perchoir ou qu’ils lui tournent la veste, occupant de toute façon la même zone, celle du milieu. Dans ces conditions, une quantité non négligeable de députés de partis différents mais de sensibilités politiques parfaitement identiques devront s’entasser dans une même portion de camembert, le nombre de places assises n’en étant pas modifiable. La seule solution sera donc de construire au Parlement des mezzanines ou plusieurs demi-camemberts en étage afin que les élus du parti de masse de Madame Royal, ceux du grand parti du Centre de Messieurs Morin et Bourlanges et ceux du MoDem de Monsieur François Bayrou puissent faire semblant d’observer le perchoir en couches superposées, certes, mais dans le même axe et avec le même angle de visée.
Tout ça pour dire que l’histoire retiendra un jour qu’avec l’avènement du président Sarkozy, le camembert a varié.

Charivari

charivari.1180476553.jpgDans les villages du Moyen-Âge, il ne faisait pas bon faire preuve d’originalité ou d’individualité et encore moins enfreindre un tant soit peu les convenances sociales dans sa vie personnelle ou familiale. Le groupe, avec tout ce qu’il comporte de bêtement et de cruellement grégaire, avait vite fait de vous le faire payer très cher en se livrant à un charivari à votre endroit. Ce mot, qui désigne de nos jours un tapage collectif, un vacarme ou un grand bruit, était une sorte d’expédition punitive festive à laquelle prenaient part les membres de la communauté villageoise, lesquels, déguisés pour beaucoup, tapaient bruyamment sur des ustensiles de cuisine devant la maison du coupable dans une ambiance de farce et de chahut généralisé où se mêlaient rires perçants et grimaces obscènes jusqu’à ce que celui-ci reconnaisse sa faute et paye une amende. Les comportements répréhensibles étaient variés (remariage d’un veuf avec une jeune fille à une époque où les jeunes étaient rares, femmes qui battent leur mari, maris violents, pratiques sexuelles considérées comme déviantes mais aussi les avares et les étrangers) mais ils avaient en commun de risquer de mettre en péril le bon fonctionnement du groupe et sa morale coutumière. Remontant du tintamarre, le rire collectif, moqueur, sarcastique, terriblement destructeur et pour tout dire d’une cruelle méchanceté, en représentait l’arme fatale au point que les personnes ainsi humiliées et mises au ban de la société du village pouvaient en arriver à s’exiler voire même parfois à se suicider.
De nos jours le charivari a une connotation nettement moins féroce. N’empêche, on trouve régulièrement dans les faits divers des comportements grégaires qui ne valent guère plus cher que ces charivaris d’antan, à commencer par certains bizutages imbéciles et criminels où resurgit le rire archaïque agressif qui rabaisse et qui exclut sans parler des actes racistes ou homophobes commis à plusieurs parfois dans une ambiance de franche rigolade.
Dans le genre duo, il y a dix jours, dans le métro à Lyon, deux jeunes de 20 ans ont mis le feu avec un briquet aux vêtements d’un noctambule éméché qui cuvait son vin à six heures trente du matin, endormi sur son siège, le transformant en torche vivante. À ce jour, l’homme brûlé au troisième degré a survécu et est en réanimation mais il est question qu’on lui ampute la jambe. Sa vie a basculé. Aux policiers, les deux jeunes gens ont dit qu’ils avaient fait ça pour rigoler.

Aphorismes

Le travail, c’est la santé, la Santé, c’est la prison.

Des supporters tassés dans un stade de cinquante-mille places me font douter de l’humanité mais profondément croire au ballon rond.

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in Aphorismes de Comptoir, Ed. de l’Adret, 1999