L’heure est grave, car, en ce début d’année 2008, je crains le pire. Tout porte à croire, selon les informations qui sont en ma possession, qu’une guerre ou plutôt une gué-guerre se prépare sur le territoire français. Oui vous avez bien lu, un conflit majeur, qui couvait depuis déjà longtemps, risque de se déclarer dans des délais assez rapides faisant un nombre incalculable de victimes innocentes. Si vous pensez à une attaque terroriste style Al Qaida ou à une invasion par une puissance étrangère qui auraient au moins le mérite de mettre tout le monde ou presque d’accord (sauf les collabos éventuels qui sont toujours de sortie dans ce genre de situation), autant vous le dire tout de suite, vous vous mettez les deux doigts dans l’œil. Le conflit dont je parle sera franco-français et il n’épargnera personne puisque nul ne pourra prétendre à la neutralité, on appartiendra obligatoirement à l’un des deux camps et de plus il dépassera tous les clivages sociaux, professionnels, religieux, culturels et même politiques. Autant dire qu’il s’agira d’une guerre civile dans toute sa splendeur.
Mais la première question que je me pose, en cette période d’attente angoissée, est celle de savoir quels seront les premiers protagonistes à déterrer la hache de guerre. Les fumeurs ou les non fumeurs ? Il est naturellement très difficile de répondre à cette question tant les uns et les autres sont, soit très remontés contre la législation en vigueur qui interdit de fumer dans tous les lieux publics, cafés et restaurants inclus, soit, au contraire, soulagés que celle-ci prenne enfin en compte leur revendication, tout en ne cachant pas leur inquiétude quant au respect de la loi par leurs ennemis héréditaires, les fumeurs. On sait en effet que parmi eux certains se sont mis ouvertement en résistance et sont prêts à prendre le maquis ou même à fuir à l’étranger. Mais ce dont on peut être certain c’est que cette guerre risque d’éclater pour une simple étincelle (de briquet ou d’allumette).
Quant à savoir qui a le plus de chances de gagner la bataille, tout dépend de la nature de celle-ci.
S’il s’agit d’une guerre classique c’est-à-dire reposant sur des rapports de force purement physiques, tenons-nous en aux données numériques dont nous disposons. Selon les sondages et Roselyne Bachelot, 80 % des Français seraient favorables à la loi en question et 20 % s’y opposent. Autant dire qu’en cas de guerre classique, en supposant que les clans combattent à armes égales et en excluant les armes nucléaires qui remplaceraient désagréablement les volutes de fumées par un nuage atomique dont personne ne sortirait vivant, ce sont les non fumeurs et leurs adeptes qui s’en tireront vainqueurs.
S’il s’agit d’une guerre philosophique -je parle bien sûr de philosophie appliquée, d’art de vivre, et non des dogmes sèvères des Épicuriens ou des Stoïques, encore moins de Kant, Kierkegaard ou Schopenhauer-, la bataille promet d’être rude et je ne suis pas certain que les non fumeurs gagnent tant est vrai que rien n’est plus sympathique que cette atmosphère enfumée qui règne autour d’un cendrier plein de mégots écrasés nonobstant l’air irrespirable et cette solidarité entre fumeurs qui fait qu’une femme du monde est prête à donner du feu avec complicité au dernier des clochards croisé dans la rue. Disons que dans le meilleur des cas, philosophiquement parlant, on peut estimer les chances de gagner à 50-50.
Le résultat sera le même s’il s’agit d’une guerre idéologique, les deux clans reprochant à l’autre, au nom de la liberté individuelle, de verser dans la dictature, l’un étant accusé de défendre des théories trop hygiènistes -comme chacun sait quant c’est trop propre, ça ne sent pas bon-, les autres d’être des empêcheurs tyranniques de ne pas fumer en rond.
Enfin s’il s’agit d’une guerre écologique, alors là il n’y a pas photo, les fumeurs militants sont sûrs de perdre, de même si la guerre repose sur des arguments de santé publique.
Mais au fait la guerre du tabac aura-t-elle lieu ? Rien n’est certain à l’heure où j’écris car il semble, aux dernières nouvelles, que la majorité des clients des cafés-comptoirs n’est pas si stupide et, que, hormis dans quelques bastions réfractaires, elle est toute disposée à fumer au bistrot dans la plus grande convivialité autour d’apéritifs bien alcoolisés, et sans se renier pour autant, le calumet de la paix.
Dire d’une femme qui a de l’humour qu’elle est rigolote, c’est souvent laisser entendre qu’elle n’est pas une beauté. Sinon on dirait : « Cette femme est superbe et, vous ne me croirez pas, en plus elle est drôle. ». On insisterait sur sa beauté davantage que sur son esprit. Car si l’adjectif rigolote n’est pas toujours péjoratif, il l’est souvent un peu quand même à tel point, que dans notre inconscient collectif, on ne peut s’empêcher de penser que rigolote rime si bien avec boulotte, mais aussi avec fofolle. Quand un homme a de l’humour et qu’il n’est pas spécialement beau, on dit rarement de lui qu’il est rigolo, encore moins que c’est un rigolo. Dans les deux cas le mot rigolo n’est pas obligatoirement un gage d’humour alors qu’avec une rigolote, alors là, on est certain de s’éclater ! On dira tout simplement, et non sans admiration, s’il n’est pas beau, que c’est un homme plein d’humour en ajoutant, qu’avec un tel don, il peut séduire toutes les femmes qu’il veut, tant est répandue l’idée qu’un homme qui fait rire les femmes est un tombeur irrésistible. Ce qui revient à dire qu’il n’a pas besoin d’être beau. L’inverse est moins vrai : la beauté passant avant l’esprit, une femme qui vous fait rire est une rigolote avant d’être femme, sous-entendu si c’était une femme digne de ce nom, elle n’aurait pas besoin d’être rigolote vous pensez ! De là à dire qu’elle est asexuée… On notera en passant que, si l’érotisme de la femme se situe fréquemment, aux yeux des hommes, dans la jeunesse, la sensualité et la beauté, celui de l’homme, aux yeux des femmes, se partage souvent, faute de mieux et quel que soit l’âge de l’homme, entre la richesse, la célébrité et l’humour. Tout cela pour dire qu’on en revient toujours au même machisme et à la même misogynie partagée par les hommes comme par les femmes d’ailleurs : si un homme est admiré et recherché pour sa réussite et son esprit, ces mêmes atouts sont pour une femme bien peu de choses comparés à son physique et peut-être même un handicap, c’est un comble ! Heureusement, les temps changent (voir l’article du 4 mars 2007 L’humour au féminin) mais les préjugés ont la vie dure et la phrase « Sois belle et tais-toi ! » demeure dans l’inconscient de bien des mâles, qu’ils le reconnaissent ou non, encore tristement d’actualité. Comme si certains hommes avaient peur que les femmes aient de l’esprit et comme s’ils craignaient de perdre le leur, en supposant, cela va de soi, qu’il en aient.
Vous souvenez-vous de Marcel Zanini, ce chanteur inimitable avec son look un peu barjo de Français moyen (moustaches, grandes lunettes et canotier multicolore vissé sur la tête) qui devint célèbre en 1970 du jour au lendemain en adaptant en français la chanson brésilienne Ne vem que não tem devenue Tu veux ou tu veux pas, et dont, depuis, on n’entend guère parler (de la chanson comme du chanteur) ? Il y a trois ans, je l’ai rencontré dans le fameux bar-club de jazz marseillais Le Pelle-Mêle, fondé par Jean Pelle en 1979. Ce soir-là, jouait un trio avec, tenez-vous bien, deux très grands du jazz, Aldo Romano à la batterie et Jean-Baptiste Trottignon au piano (je ne me souviens plus qui jouait à la contrebasse), et Marcel Zanini était venu en ami, en enfant du pays, puisqu’il est lui-même marseillais, et en jazzman aussi, puisqu’il a entonné quelques morceaux, chant et clarinette, pas prévus au programme, ce qui faisait en tout trois stars pour un public restreint occupant moins d’une dizaine de tables, s’il-vous-plaît !