L’humour de Guignol

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On fête cette année le deux-centième anniversaire de la naissance de Guignol. Le père de la célèbre marionnette lyonnaise, Laurent Mourguet (1769-1844), fut d’abord un ouvrier en soie qui, comme beaucoup de ceux qui allaient devenir plus tard des canuts avec l’apparition des métiers à tisser, se retrouva au chômage sous la Révolution, le rude hiver de 1789 et la désaffection des femmes de cour pour les soieries lyonnaises au profit des indiennes aidant, sans parler des tarifs fixés unilatéralement par les bourgeois lyonnais, ce qui n’était pas de nature à augmenter le pouvoir d’achat des ouvriers. Et comme il avait une famille de dix enfants à nourrir, Laurent Mourguet, après avoir exercé divers petits métiers, finit par s’établir comme dentiste forain. En bon arracheur de dents, il installe à côté de son fauteuil opératoire, pour attirer les clients et couvrir leurs cris quand il extrait leurs dents à la tenaille, un petit théâtre de marionnettes où il anime Polichinelle dans des improvisations de petites pièces inspirées de la Commedia dell’ arte. Mais rapidement Laurent Mourguet préfère le théâtre à l’art dentaire et il installe dans le jardin du Petit Tivoli dans le quartier des Brotteaux à Lyon un petit castelet où il improvise des pièces à partir de l’actualité. Contrairement à ce qu’on croit, le premier personnage du panthéon du théâtre de Guignol ne fut pas Guignol lui-même mais Gnafron (de Gnafre, savetier en parler lyonnais), un drôle de bonhomme tout en couleur, truculent plein de jovialité et de faconde, particulièrement porté sur le Beujolais. Et c’est pour donner la réplique à ce clown rouge, que Laurent Mourguet créa en 1808 le canut Guignol, clown blanc par excellence, plus crédible qu’un ivrogne pour dire tout haut des vérités que son créateur pensait tout bas. Les autres personnages sont Madelon (la femme de Guignol) , Toinon (la femme de Gnafron mais qui apparaîtra bien plus tard), le gendarme (sans nom à Lyon mais Flageolet pour les Parisiens), Canezou le propriétaire, le juge le Bailli et bien d’autres encore.
L’origine du nom Guignol est controversée. De l’adjectif guignolant (hilarant) employé par un voisin de Laurent Mourguet quand il riait en assistant à ses pièces, du nom du village lombard Chignolo ou encore d’un certain Monsieur Chignole, les débats sont ouverts car personne n’en sait rien.
« Du point de vue théâtral, comme dans un théâtre classique, le côté cour qui est à droite du spectateur lorsqu’il regarde la scène, s’appelle dans un castelet le côté Gui (pour Guignol). Le côté jardin qui est à gauche prend le nom de côté Gna (pour Gnafron) ». Je ne fais que copier-coller ce qui est écrit sur le site web de La Société des Amis de Lyon et Guignol. On y apprend ensuite que « la tradition veut que Guignol joue à droite du public et soit tenu par la main gauche du marionnettiste. Quant à Gnafron, c’est l’inverse, il est tenu par la main droite du manipulateur. Les entrées de la rue se font du côté Gui. L’entrée des appartements se fait côté Gna. »
Mais parlons de l’esprit de Guignol qu’on peut résumer par une ribambelle de qualificatifs : frondeur, rebelle, chansonnier, humoriste, satirique, filou, joyeux, fêtard, brave, bêta et râleur. Guignol, en bon défenseur du petit peuple auquel il appartient, s’attaque sans complaisance aux notables et aux édiles de l’hôtel de ville et commente l’actualité en improvisant dans les pièces de son répertoire, le tout avec l’accent lyonnais et dans le parler des canuts de l’époque. On estime d’ailleurs qu’il eut une influence non négligeable sur la révolte des canuts entre 1831 et 1834. Guignol vise si bien là où ça fait mal qu’il est victime de la censure sous Napoléon III à travers la fermeture de nombreux théâtres de Guignol (il y en avait treize à Lyon) et la difficulté d’en ouvrir de nouveaux. La violence à coups de bâton (la tavelle) fait aussi partie du théâtre de Guignol, mais on est très loin du réalisme artistique d’aujourd’hui, celle-ci reste bon enfant, burlesque et seulement symbolique. Certains diront qu’elle est pédagogique.

Comble de la consécration, le nom de Guignol est devenu un nom commun : il désigne un charlot, un gugusse, un pantin (Le Petit Robert), mots que nous utilisons quotidiennement.

Cette après-midi, j’ai assisté à un spectacle de marionnettes au théâtre Guignol, un gone à Lyon, sur le plateau de la Croix-rousse, théâtre animé par Daniel Streble et sa famille dans la plus pure tradition du genre puis j’ai eu le bonheur de visiter les coulisses. Daniel Streble nous a montré une partie de sa collection de marionnettes (voir photo de gauche) dont les plus jeunes ont 80 ans et les plus anciennes 200 ans ! Il en possède 340.

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• Merci à Daniel Streble, incolllable et puriste sur la question, pour ses précisions et ses corrections (voir ses commentaires) qui m’ont permis de modifier et d’enrichir le texte de départ.

• Lire GUIGNOL de Gérald Gambier-©Editions de la Taillanderie-2004

Aphorismes

Dieu ne nous ayant jamais caché sa préférence pour les sentiers escarpés, il n’est pas étonnant que les accidents soient aussi meurtriers sur les autoroutes.

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Tous les grands esprits vous le diront : il est très difficile de manier les grands concepts universels si, subitement, on ne fait plus caca à son rythme habituel.

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Aphorismes personnels in Aphorismes de comptoir, Editions de l’Adret-1999

Blague

Voici une petite blague que j’ai entendue il y a très longtemps et que j’ai actualisée.

Nicolas Sarkozy et Carla Bruni sont accueillis au Tchad par le président Idriss Déby Itno et déambulent dans la plus grande rue de Ndjamena devant une foule en délire qui n’arrête pas de hurler sur leur passage :  » Gouikra ! Gouikra ! Gouikra ! ».
Nicolas Sarkozy se tourne vers sa femme, la bouche en cœur et l’air béat, et lui murmure en jubilant : « Ah ! Tu as vu combien ils nous aiment ! Oh mon Dieu comme c’est bon d’être aimé comme ça ! ».
Et la foule de continuer à crier à la vue du Président et de Carla :  » Gouikra ! Gouikra ! Gouikra ! ».
À ce moment, Idris Déby tire précipitamment Nicolas Sarkozy par la manche tout en regardant par terre et lui dit : « Attention, monsieur le Président, vous allez marcher dans la gouikra ! »

Théâtre privé

Les Français sont-ils moins gais que jadis et rient-ils moins qu’à l’époque de Napoléon III ? C’est ce que pense Henry Gidel,vaudeville.1206818026.jpg grand spécialiste du théâtre comique et auteur de nombreux ouvrages sur Eugène Labiche, Georges Feydeau, Sacha Guitry et le théâtre pour rire. Selon lui, à cette époque les Français étaient sans nul doute le peuple le plus drôle et le plus gai d’Europe. C’était l’heure de gloire du vaudeville et des théâtres de boulevard, ces petits théâtres d’abord construits seulement en bois et établis sur les anciennes fortifications de Paris converties en promenades. Dans ces théâtres, on jouait de nombreux vaudevilles, souvent plusieurs courtes pièces en un acte qui se succédaient dans une même soirée jusque tard dans la nuit, la rotation des pièces étaient rapides ne serait-ce que parce que le public en était infiniment plus restreint qu’aujourd’hui et les auteurs de vaudeville légion : on comptait vers 1845-1850 près de 163 vaudevillistes.
Mais au fait quelle est l’origine du mot vaudeville ? Certains situent son origine au 15ème siècle et attribuent sa paternité à un foulon normand, Olivier Basselin, qui fut le premier à fabriquer des chansons nouvelles sur des airs anciens et qui habitait Vau-de-Vire devenu avec le temps voix de ville puis vaudeville. Pour d’autres, il s’agirait d’un composé des deux radicaux verbaux vauder (aller) et virer (tourner). Quoi qu’il en soit, les premiers vaudevilles étaient chantés avant de devenir avec Eugène Scribe de véritables pièces de théâtres bien ficelées et des comédies de mœurs satiriques puis avec Eugène Labiche des pièces pleines de fantaisie avec un grand sens de la formule drôle et de la vie des personnages enfin avec Georges Feydeau des comédies de situation où le quiproquo est roi. Par la suite le théâtre de vaudeville, concurrencé par l’opérette, se démode. Le vaudeville et le théâtre de boulevard furent mésestimés et méprisés, tout comme de nos jours, par le théâtre dit « sérieux ». Et pourtant ce n’est pas à la Comédie Française que furent d’abord joués Eugène Ionesco et Samuel Beckett. La Cantarice chauve fut créée en 1950 au théâtre des Noctambules et est jouée sans interruption depuis 1957 au théâtre de la Huchette. Beckett fit jouer la première fois En attendant Godot en 1953 au théâtre de Babylone.

Petites annonces

Inspiré par Pierre Dac et ses fameuses petites annonces (Dame cherche nourrice aveugle pour enfant qui braille; Monsieur à qui on ne la fait pas cherche dame à qui on ne l’a pas fait; Professeur bègue donne répétitions etc.), je me suis amusé à commettre à mon tour quelques petites annonces dont je vous donne la primeur :

Dur à cuire ayant du chien cherche mou à cuire pour son chat.

Jeune femme ayant du vice cherche écrou facile à serrer pour ne pas perdre
sa petite vertu. Sérieux s’abstenir.

Vieillard bien sous tout rapport vend à vieille maquerelle immeuble de rapports ayant déjà beaucoup servi.

Aveugle noir échange vue imprenable contre canne blanche de préférence avec un sourd blanc comme un linge.

Prêtre défroqué cherche pantalon à louer. Ecclésiastiques s’abstenir.

Avocat marron cherche député vert avec femme de couleur pour se mélanger les pinceaux.

Urgent. Viticulteur ayant mis de l’eau dans son vin cherche bon syndic de faillite.

Turc s’étant fait voir chez les Grecs achète wc grecs ayant servi chez les Turcs.

Veste à carreaux cherche myope pour lui donner une bonne correction.

Drôles d’automobiles

Voici trois voitures qui ont retenu mon attention aujourd’hui au salon de l’auto de Genève par leur relatif anachronisme. Les deux premières car elles me semblent sortir tout droit d’un album de Tintin, l’Île noire par exemple. Quant à la troisième, son design futuriste (et pas forcément esthétique) fait penser à un véhicule extraterrestre qu’on imaginerait bien rouler sur le sol rocheux de la Lune ou de la planète Mars dans une BD de science-fiction.

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L’humour d’Asimov

asimov.1204493750.jpgConnaissez-vous Isaac Asimov (1920-1992), écrivain américain d’origine russe considéré comme l’un des plus grands écrivains de science-fiction, célèbre pour le cycle de Fondation, une œuvre qui se déroule au 13ème millénaire retraçant la destruction et la renaissance d’un empire galactique grâce à la psychohistoire, une science imaginaire fondée sur les probabilités pour prévoir l’avenir ?
J’ai découvert cet écrivain à travers deux nouvelles Mortelle est la nuit et Chante-cloche, elles-mêmes extraites du recueil Histoires Mystérieuses (Asimov’s Mysteries). Ce ne sont pas des histoires humoristiques mais des intrigues policières en bonne et due forme mais qui ont la particularité de se passer dans un futur plus ou moins lointain où le fait d’être basé dix ans sur Mercure, la Lune ou Cérès est aussi banal pour un Terrien que d’habiter Londres ou New York pour un Français d’aujourd’hui. Et pourtant en les lisant, on ne peut pas ne pas percevoir entre les lignes tout le détachement, la fantaisie et l’humour de l’auteur qui a l’air de se promener avec nonchalance dans un monde futuriste où le jet non gravité permettant de traverser les océans en vingt minutes côtoie la psychosonde, descendante directe de la machine à détecter les mensonges, le transféreur de masse ou le gicleur neuronique, et où le célébre extraterrologiste ou grand spécialiste des planètes lointaines, le Dr. Urth, dont on penserait qu’il est prêt à partir à l’autre bout du monde en astronef dans l’exercice de son métier, ne se déplace obstinément qu’à pied ! Et puis cette chante-cloche, sorte de « pierre ponce durcie par un phénomène de pression et recelant des alvéoles vides où de petits grains de roche crépitent librement », est comme une tache anachronique, poétique et cocasse dans ce monde cybernétique et froid où les personnages, cependant, demeurent, pour le meilleur comme pour le pire, profondément humains.
L’ante-scriptum qu’a écrit Asimov bien après la parution de chaque nouvelle ne manque pas de sel non plus, en particulier quand il s’obstine à garder telle quelle sa nouvelle Mortelle est la nuit, écrite en 1956, alors que les astronomes n’avaient pas encore découvert que Mercure ne présentait pas toujours la même face au Soleil et qu’elle décrivait une rotation, ce qui enlevait le sens à l’intrigue. « Que voulez-vous que je fasse, écrit-il, sinon déplorer que les astronomes ne commencent pas par se mettre d’accord avec eux-mêmes ? Et je me refuse catégoriquement à modifier cette histoire pour satisfaire leurs caprices ! »

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Illustration : Isaac Asimov par Rowena A. Morrill