Quand j’observe les gens dans la rue, je ne peux m’empêcher d’imaginer, s’ils sont jeunes, le visage qu’ils auront quand il seront devenus des personnes âgées et inversement, s’ils sont vieux, comment ils étaient quand ils avaient quarante ou cinquante ans de moins. J’ai même parfois poussé le vice jusqu’à les imaginer sur leur lit de mort en vieillards cacochymes ou dans leur berceau quand ils étaient nourrissons. À cet égard, il y a pas mal de personnes dont j’ai pensé en voyant leur visage qu’ils avaient dû faire de bien vilains bébés !
Hier j’ai croisé dans la rue une jeune fille souriante aux joues roses d’une vingtaine d’années, dynamique et volontaire, mais à peine a-t-elle échappé à mon regard que je l’ai imaginée à soixante-dix ans, comme si j’y étais, en veuve brisée devant le cercueil de son (futur) époux le jour de ses obsèques. Et pour tout dire, j’ai failli rebrousser chemin pour retrouver cette jeune fille afin de lui présenter par anticipation mes condoléances.
Pas besoin d’imaginer. Il suffit de constater. Le pire, c’est lorsque l’on devient le fantasme de la personne qui nous faisait fantasmer ! Dix, vingt ans suffisent. C’est pourquoi, « la jeune fille souriante aux joues roses d’une vingtaine d’années, etc. », il faut savoir la laisser passer. On n’embarque pas, non plus, dans tous les navires.
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